Introduction

C’est au terme de ma première année d’études en école de cinéma et dans le cadre de celles-ci que j’ai eu la chance d’interviewer le scénariste Anton Likiernik (La voie royale). Je te livre ici ce que j’ai pu apprendre grâce au partage de son expérience. Aujourd’hui, Anton anime des stages d’écriture de long-métrage de fiction : lechemindespossibles.org/long-metrage
Si tu souhaites en découvrir davantage sur le métier de scénariste, je compte écrire plusieurs articles sur le sujet à l’avenir à partir de mon expérience acquise en école de cinéma 😉
Interview du scénariste Anton Likiernik
(mai 2023)
Createrium : Pourrais-tu me parler de ton parcours ?
Anton Likiernik : J’ai fait une formation à l’école de la Cité de Luc Besson il y a quelques années, qui n’existe malheureusement plus, mais qui était une chouette école à l’époque. Ca a été une formation de deux ans dans le scénario suite à d’autres études très différentes.
Suite à ça, j’ai commencé à travailler dans une société qui s’appelait Telfrance à l’époque, qui aujourd’hui a été rachetée par Newen. C’est la société qui produisait entre autres Plus belle la vie, et maintenant aussi les quotidiennes pour TF1 (Demain nous appartient, Ici tout commence … )
C : Pour toi, c’est quoi les sources d’inspiration d’un scénariste ? Est-ce que ça se limite exclusivement au cinéma , ou est-ce que ça peut s’étendre à la littérature, la peinture ou à d’autres formes d’art ?
A.L : Ça peut s’étendre à plein d’autres choses dans l’absolu. Après, je pense que ça dépend des gens. Moi, j’avoue que je ne prends pas trop appui sur la littérature par exemple. Personnellement, c’est plus la réalité ou les médias, malheureusement, qui influent un peu sur les projets qui me tiennent à cœur.
Les sujets, souvent, ils viennent de la société, même principalement.
J’ai l’habitude de faire une espèce de revue de presse. J’essaie de faire ça deux, trois fois par semaine, de manière un peu carrée pour essayer de voir ce qui se passe, non pas dans l’idée de me dire quelle histoire incroyable je vais dégoter, mais parfois il y a des sujets qui naturellement sont plus excitants que d’autres et on se dit : « bah tiens, là il y a peut-être un ingrédient pour un truc plus tard ».
C : Quand tu passes à un nouveau projet, est-ce que tu as des rituels pour l’écriture ? Pour l’élaboration d’un scénario, comment cela se construit ?
A.L : J’aime bien passer par des « patates », des espèces de cartes mentales avec plein de mots clés, des choses qui sont un peu les ingrédients du projet : personnages, thématiques, situations. On peut dire que ce sont les 3 piliers d’une histoire déjà. Sachant que tout ce qui est arène, temporalité, format narratif ou structure … Ce sont des choses qui sont un peu plus secondaires. Moi, dans mon processus, j’ai souvent envie de commencer par me dire : « Pourquoi je raconte cette histoire ? ».
Il en sort un premier document, en 3 ou 4 pages, et on voit s’il y a des éléments qui peuvent séduire une production.
Parfois, il m’arrive d’aller plus loin, de faire du post-it pour avoir des structures un peu plus rédigées avec des arches complètes. Sachant que ce n’est pas payé à ce stade… Si le projet n’est pas vendu c’est quand même un risque. Mais bon, forcément il faut toujours avoir quelque chose d’un peu solide, sinon ça ne se vendra pas.
C : Peut-on vivre correctement d’une activité de scénariste quand on se lance ? Faut-il accumuler plusieurs projets en simultané ? Faut-il obligatoirement avoir un emploi à côté ?
A.L :Quand on se lance, peut-être un peu de travail à côté, mais ça dépend des gens. Il y a diverses catégories : d’abord, les personnes qui sortent de grosses écoles type Femis ou Conservatoire Européen d’Ecriture Audiovisuelle ont plus de facilités. Elles commencent à bosser assez rapidement grâce à un niveau de cooptation assez élevé. Il y a une espèce de « label » de fiabilité comme dans toutes les écoles plus ou moins puissantes. Donc ça marche bien pour aller travailler sur des polars ou de l’hospitalier par exemple … Je connais certains anciens élèves de ces écoles qui ont fait la série de Klapisch qui vient de sortir sur Amazon (Salade grecque). Donc là ça commence très vite et en général ils en vivent bien. Enfin, très bien… Non parce que les tarifs ne sont pas fous mais ils en vivent quoi.
Il y a d’autres typologies où tu sors d’une école moins « haut du panier ». Alors tu peux avoir un gros coup de bol, être super fort en réseaux et finalement te retrouver à travailler par pure coïncidence avec des gens sur de vrais projets très bien payés de télé type polar par exemple. C’est le genre qui paye le mieux en télé. Je pense à HPI sur TF1. Si tu rentres sur du HPI, c’est bien quoi. Tout compris, je pense que tu dois être à environ 30 000 € l’épisode. Un bon épisode peut te faire une année. Ou sur des quotidiennes comme Plus belle la vie à une époque, on était sur du 2000 € la semaine. Donc on ne bosse pas toutes les semaines mais ça va, ça fait de bonnes années.
C : Est-ce important pour toi d’avoir des retours pendant l’écriture, ou tout se fait en solo du début à la fin ?
A.L : Oui, c’est important d’avoir des retours. D’ailleurs tout ça se fait rarement en solo puisque pour tous les projets que je commence, en général quelqu’un me rejoint. Ca peut être un co-auteur ou un réalisateur. Parfois on m’appelle sur un projet où il y a déjà un réalisateur donc ça se fait souvent à deux. Au pire, on peut même se retrouver à quatre mais c’est compliqué… Sauf si on instaure une sorte de hiérarchie. Trois c’est particulier aussi.
Deux c’est vraiment pas mal parce que justement tu n’es jamais tout seul. Tu peux partir dans ton coin, préparer un document, l’échanger le lendemain ou deux jours après avec l’autre, on croise et ça avance comme ça, donc il y a des retours.
Les retours de prod sont importants aussi. Je dirais que plus il y en a, mieux c’est … Pour préciser les attentes et se mettre bien d’accord sur ce qu’on fait. En général chez la prod, une personne fait le suivi du développement (note de production) et crée une fiche d’analyse du scénario pour déterminer ce qui va ou non. S’il n’y en a pas, c’est très dur.
Personnellement, je suis sûr de me faire rire et pleurer dix fois par jour en lisant mon scénario. C’est sûr, c’est super ! Mais en réalité, on ne peut pas savoir ce qu’il en est sans avis extérieur.
C : Tout à l’heure, tu as évoqué le fait de travailler sur des projets avec des réalisateurs, est-ce que tu pourrais m’en dire plus sur la relation de travail entre le réalisateur et le scénariste ? Comment ça se passe entre les deux ?
A.L : Ca peut bien se passer… Ca peut mal se passer… Ca dépend à quel stade le projet commence. C’est ça aussi qui peut être un peu délicat. Cela dépend des dispositions des scénaristes. Certains sont complètement ok avec l’idée de donner leur script à un réalisateur ou une réalisatrice. Et puis il y en a qui ne le sont pas du tout. Cela crée beaucoup de frustration et beaucoup de difficultés à l’écriture parce qu’ils freinent, ils n’ont pas envie que ça bouge, ils préféreraient faire les choses par eux-mêmes même s’ils ne l’avouent pas.
Mais à l’inverse, il y a des gens qui s’en fichent complètement. Moi je pense que j’appartiens à cette catégorie. Ce n’est pas mon travail de réaliser, je ne sais pas le faire. Je suis nul en image et en direction de comédiens. Je ne dis pas qu’il ne faut pas avoir essayé de toucher à la réalisation car c’est très formateur pour écrire, mais il y a des gens qui ne sont pas faits pour ça. Donc là c’est plus facile de travailler avec un réalisateur ou une réalisatrice, parce que du coup on apporte juste un peu de structure, de technique sur les scènes, sur l’enchainement, les personnages … Parfois c’est juste être le mur du réal, qui a une idée, et toi tu arrives en ping-pong.
Plus tôt le réalisateur arrive, mieux c’est. Pour mon premier court-métrage, j’avais tout écrit. C’est comme construire un palais énorme, avec toutes les poignées de portes, la couleur des rideaux … Et après tu te dis « je cherche un roi ou une reine » pour habiter dedans, exactement comme ça. Mais forcément, ça ne va pas se produire parce que si c’est un roi ou une reine, il va avoir ses caprices : changer les portes, péter les murs.
En fait il ne veut plus un palais mais une piscine … C’est plus délicat.
Alors que si tu as juste un terrain avec un permis de construire et que tu dis « Bonjour, j’aimerais construire avec quelqu’un, une maison à deux », là il y a plus moyen que tu arrives à construire quelque chose.
Donc plus il arrive tôt, mieux c’est.
Mais encore une fois, au début tu n’es personne entre guillemets. Donc tu ne peux pas forcément aller démarcher un réal qui a le pouvoir de construire un film sur un terrain vague. Il faut d’abord construire un palais que tout le monde trouve joli, le vendre au réal qui pète tout… Et le reconstruire avec lui. C’est un peu difficile comme exercice. Ça nécessite de l’abnégation, mais au final, ça reste un film qui se fait. On est content du résultat, malgré les défauts.
Ne pas être content, ça prouve aussi qu’on avance dans son travail. Quand on est toujours content de ce qu’on fait, c’est peut-être qu’on ne progresse plus j’imagine.
Des personnes passent à la réalisation pour avoir le pouvoir, et ça leur va parfois très bien, mais ça peut aussi faire de très mauvais réals, on ne peut pas savoir avant d’avoir tenté.
C’est pas un scoop, mais globalement, les scénaristes sont un peu plus « chef » en série qu’en cinéma.
C : Aujourd’hui, qu’est-ce qui fait que tu aimes ton métier ? Aurais-tu un conseil à donner à un jeune qui voudrait suivre cette voie ?
A.L : Soyons tout à fait clair, des fois je n’aime pas mon métier.
Mais quand tout se passe bien, que les étoiles s’alignent, je me dis : « Ah ! Là c’était une bonne journée, j’ai kiffé ».Si je bossais toute la journée dans un bureau comme je le faisais avant, je n’aimerais pas mon métier de manière certaine. Ce qui est cool, c’est qu’on est quand même un peu son propre patron, et qu’on peut vraiment explorer des trucs qui nous font envie.
Si on est obsédé par un sujet de la société, on peut aller creuser vraiment à fond et proposer un projet naturellement là-dessus.
Donc dire ce qu’on a envie de dire. Ça se vend ou ça ne se vend pas, c’est le jeu. Mais en tout cas c’est vraiment chouette de pouvoir mettre du sens là où on veut quand on veut, et ce n’est pas toujours le cas dans tous les boulots.
Et donc un conseil…
C’est un tout petit bouquin : « L’urgence et la patience ». Il suffit de lire le titre pour avoir compris qu’il faut être extrêmement patient, et à la fois être tout le temps dans l’urgence de produire des trucs. Et de ne pas trop s’arrêter parce que sinon on peut tirer au flanc sans s’en rendre compte. Chercher aussi des sujets qui sont urgents au sens « brûlants », que tu as vraiment envie d’explorer.
C’est un peu opposées comme notions, mais je pense que c’est ça le truc le plus cool, le plus intéressant et le plus pratique à retenir.
Conclusion
Je tenais à remercier encore une fois Anton pour sa présence et son partage.
Ainsi que de m’avoir permis de rendre cette entrevue publique.
Cet interview m’aura permis d’en apprendre davantage sur le métier de scénariste, domaine qui m’intéresse et me motive.
J’espère qu’elle pourra également t’apporter des éléments de réponse à des questions que tu peux te poser en tant qu’auteur de fiction en devenir.
Comme je l’ai dit plus haut, je pense me pencher encore sur le sujet dans des articles à venir.
Tu peux t’abonner au blog createrium.fr pour ne rien rater 😉
En attendant, je te dis à très vite pour de nouveaux articles !
M.Createrium
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